Fiscalité
Impôts au Vietnam quand on est français : où tu es résident, et ce que ça déclenche

Deux questions décident de tout, et la plupart des Français installés au Vietnam n’en posent qu’une. La première : es-tu résident fiscal vietnamien ? La seconde, indépendante de la première : la France a-t-elle cessé de te considérer comme résident ? Les deux réponses peuvent être « oui » en même temps — et c’est exactement là que ça coûte cher.
Cette page traite de ce que chaque pays déclenche de son côté : le test vietnamien des 183 jours, le barème depuis la réforme de l’impôt sur le revenu, les réductions pour situation familiale, les critères français de l’article 4 B du CGI, ce que la France continue de prélever et d’exiger même quand tu n’y vis plus.
- Fond vérifié au 30 avril 2026 (fiche de connaissance) · bloc d’instruments re-vérifié le 9 août 2026 · page rédigée le 9 août 2026
- Cadre : loi 109/2025/QH15 sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques
Sommaire
- 01 Deux résidences fiscales possibles, une seule à trancher
- 02 Loi 109/2025 : deux dates, et elles ne disent pas la même chose
- 03 Le barème vietnamien, et ce qu’il te laisse avant impôt
- 04 Ce que la France continue de te prendre — et d’exiger
- 05 Cinq situations, cinq trajectoires
- 06 Les erreurs qui coûtent le plus cher
01 Deux résidences fiscales possibles, une seule à trancher
Côté Vietnam : le test se lit dans le texte, pas dans le ressenti
La loi vietnamienne sur l’impôt sur le revenu des personnes physiques pose deux conditions alternatives — l’une suffit.
Retiens la mécanique exacte, parce que c’est elle qu’on lit de travers. Les 183 jours ne se comptent pas seulement sur l’année civile : le texte ouvre aussi le calcul sur toute période de 12 mois consécutifs à partir de ta première journée au Vietnam. Une arrivée en septembre peut donc te rendre résident bien avant le 31 décembre de l’année suivante. Et la seconde condition n’a rien à voir avec le nombre de jours : un lieu de résidence habituel — résidence permanente enregistrée, ou logement loué sous contrat à durée déterminée — suffit à lui seul.
Être résident fiscal vietnamien n’est pas un détail administratif. C’est la bascule qui met tes revenus mondiaux dans le périmètre vietnamien.
Les 183 jours, c’est à toi de les prouver
Pas à l’administration de démontrer que tu n’y étais pas. Tampons de passeport, cartes d’embarquement, baux, factures d’électricité, relevés : ce dossier se constitue au fil de l’eau, pas trois ans plus tard sous contrôle. Un compteur de jours non documenté se retourne contre toi.
Côté France : un seul critère suffit, et il n’a rien à voir avec ton visa
La France ne te laisse pas partir parce que tu as déménagé. L’article 4 B du code général des impôts liste plusieurs critères de domiciliation, et il n’en faut qu’un pour que la France te considère comme résident.
Les quatre repères que retient notre fiche : le foyer ou lieu de séjour principal, l’activité professionnelle principale, le centre des intérêts économiques, et un séjour de plus de 183 jours par an — ce dernier point étant d’origine jurisprudentielle et non textuelle.
Conséquence directe, et c’est la confusion la plus répandue chez les expatriés francophones : ta carte de résidence temporaire vietnamienne ne te fait pas sortir de la résidence fiscale française. Ce sont deux administrations, deux notions, deux dossiers.
⚠️ Une réserve sur le « bail ≥ 183 jours » de la citation ci-dessus. Le verbatim de la loi que nous détenons (§01, condition b) parle d’un logement loué sous « fixed-term rent contract » — un contrat à durée déterminée, sans durée minimale. Le seuil de 183 jours de bail vient de notre fiche interne, pas du texte relu. Il ne s’ensuit pas qu’il n’existe pas : il s’ensuit que nous ne le tenons d’aucune source primaire. Ne construis donc pas ta situation sur la longueur de ton bail — construis-la sur les deux conditions du texte.
Ce que cette page ne traite pas — et c’est important que tu le saches avant de lire la suite
Il existe une convention fiscale bilatérale entre la France et le Vietnam, et c’est elle qui tranche les questions les plus lourdes : lequel des deux pays impose quoi lorsque les deux te considèrent comme résident, comment une double imposition s’élimine, quel sort est réservé aux pensions.
Cette page ne règle pas cet arbitrage — non pas parce que la convention serait hors sujet, mais parce que le trancher demande de lire les deux droits ensemble, sur ta situation. Ce que la page fait : te dire où tu te situes et ce que chaque pays déclenche. Ce qu’elle ne fait pas : te dire comment l’arbitrage se règle. Elle ne remplace pas une consultation, elle sert à la préparer.
02 Loi 109/2025 : deux dates, et elles ne disent pas la même chose
L’impôt sur le revenu des personnes physiques vietnamien a été refondu par la loi 109/2025/QH15, adoptée le 10 décembre 2025.
Deux dates circulent, et elles sont toutes les deux vraies. Elles ne portent simplement pas sur la même chose. La première est l’entrée en vigueur générale du texte :
La seconde concerne le sort du régime antérieur pour les salaires, et elle ne se cale pas sur le 1er juillet mais sur la période fiscale :
Pour un salarié résident au Vietnam, la conséquence pratique est celle-ci : ce n’est pas le 1er juillet 2026 qui fait basculer ton salaire, c’est la période fiscale 2026 dans son ensemble. Les deux bouts sont dans le texte, et ils se rejoignent : l’article 29 clause 3 fait cesser les dispositions antérieures sur les salaires « from the 2026 tax period », et la clause 2 fait appliquer les nouvelles « from the 2026 tax period ». Même période des deux côtés : il n’y a pas d’intervalle laissé sans régime.
La confusion à éviter
« La loi entre en vigueur le 1er juillet 2026 » et « l’ancien régime cesse pour les salaires dès la période fiscale 2026 » ne sont pas contradictoires. Le premier énoncé porte sur le texte, le second sur un régime précis. Si quelqu’un t’affirme que rien ne change pour ton salaire avant juillet, demande-lui sur quelle phrase du texte il s’appuie.
Cette page tranche donc ce point, et elle le tranche sur le texte : pour les salaires d’un résident, la période fiscale 2026 est entière sous le nouveau régime, 1er semestre compris.
03 Le barème vietnamien, et ce qu’il te laisse avant impôt
Cinq tranches, de 5 à 35 %
| Tranche | Revenu mensuel (M VND) | Revenu annuel (M VND) | Taux |
|---|---|---|---|
| 1 | jusqu’à 10 | jusqu’à 120 | 5 % |
| 2 | plus de 10 et jusqu’à 30 | plus de 120 et jusqu’à 360 | 10 % |
| 3 | plus de 30 et jusqu’à 60 | plus de 360 et jusqu’à 720 | 20 % |
| 4 | plus de 60 et jusqu’à 100 | plus de 720 et jusqu’à 1 200 | 30 % |
| 5 | plus de 100 | plus de 1 200 | 35 % |
Tableau construit ligne à ligne à partir du verbatim de la loi cité juste au-dessus. Le barème antérieur comptait sept tranches.
Ce qu’on lit dans cette grille, sans rien y ajouter : le taux marginal de 35 % ne concerne que la part de revenu qui dépasse 100 millions de VND par mois. En dessous de 10 millions par mois, on est à 5 %. La progression se fait par paliers de 5, 10, 20, 30 puis 35 % — et la marche la plus large en montant est celle des 30 %, qui court de 60 à 100 millions de VND par mois, soit 40 millions, contre 30 pour celle des 20 % (de 30 à 60).
Si une grille secondaire donne d’autres taux, c’est le texte qui gagne
Des tableaux « barème PIT Vietnam 2026 » circulent avec des taux intermédiaires différents (15 %, 25 %) et des bornes différentes. Le tableau ci-dessus est construit ligne à ligne sur le verbatim de la loi. Quand une grille de seconde main contredit le texte, ce n’est pas un arbitrage : c’est le texte.
Les réductions pour situation familiale
Avant impôt, la loi prévoit deux réductions liées à la situation familiale : une pour le contribuable lui-même, une par personne à charge.
Soit 15,5 millions de VND par mois pour toi (186 millions sur l’année) et 6,2 millions de VND par mois par personne à charge. En ordre de grandeur, notre fiche convertit la première à environ 520 € par mois et la seconde à environ 210 € par mois.
Pour une famille de quatre avec deux enfants à charge, l’assiette est donc entamée de plusieurs dizaines de millions de VND par mois avant que le premier dong d’impôt ne soit dû. Sur un salaire de cadre local, l’effet n’est pas marginal.
Ce qu’on ne t’écrira pas ici
Aucun calcul chiffré « salaire brut → impôt dû » dans cette page. Les extraits de loi que nous avons lus donnent le barème et les réductions, mais pas l’ordre exact dans lequel ils s’appliquent, ni la liste complète de ce qui vient en déduction de l’assiette (cotisations, autres abattements). Poser une addition sur cette base reviendrait à inventer la règle manquante. Le point est listé en fin de document, et c’est à un fiscaliste de le trancher pour ton cas.
04 Ce que la France continue de te prendre — et d’exiger
Basculer côté vietnamien ne solde pas la France. Deux choses survivent au déménagement : des prélèvements, et des obligations déclaratives.
Les prélèvements sociaux sur le capital
Sur les revenus du capital de source française — dividendes, plus-values, loyers — les prélèvements sociaux restent la ligne qui surprend le plus.
En revanche, pour quelqu’un qui bascule en résidence fiscale vietnamienne avec un salaire local, la fiche distingue nettement les deux assiettes : ces contributions ne sont pas dues sur les revenus d’activité, mais restent applicables aux revenus de capital français.
L’articulation de ces contributions avec la convention bilatérale est hors du périmètre de cette page — c’est une des questions à poser à ton conseil, pas une que ce guide tranche.
Les obligations déclaratives qui survivent
Percevoir des revenus de source française, même en n’étant plus résident, ne dispense pas de déclarer.
Et tant que tu es encore résident fiscal français — c’est-à-dire tant que l’un des critères de l’article 4 B tient —, tes comptes bancaires ouverts à l’étranger doivent être déclarés.
C’est le piège silencieux de la première année : on ouvre un compte à HCMC en février, on se considère parti, la France considère qu’on est encore là, et l’amende court par compte et par année — sur un délai de reprise qui peut atteindre dix ans.
Ce que coûte le retard
Trois marches, et la deuxième se franchit vite : le « manquement délibéré » à 40 % ne suppose pas une fraude sophistiquée, il suppose qu’on savait. Deux années sans déclaration alors qu’on a posé la question à trois personnes autour de soi, ça se plaide mal.
05 Cinq situations, cinq trajectoires
Le salarié en contrat local
C’est le cas le plus lisible côté vietnamien. Contrat vietnamien, salaire en VND, présence continue, logement loué sur place : les deux conditions du texte vietnamien sont remplies sans discussion.
Côté français, en revanche, rien n’est automatique. La sortie de l’article 4 B du CGI suppose que les attaches françaises soient rompues — foyer, activité professionnelle, centre des intérêts économiques. Un seul de ces critères maintenu suffit à te garder résident français, quel que soit le temps passé au Vietnam : c’est ce que dit le §01 de cette page, et c’est le sujet du §06.
Le travail restant n’est donc pas seulement administratif : tenir le compteur de jours côté vietnamien l’est, établir la rupture des attaches françaises ne l’est pas.
Le télétravailleur pour un employeur français
C’est le profil le plus fréquent chez les nouveaux arrivants, et le plus exposé. Le contrat reste français, la paie tombe en France, la vie est au Vietnam.
Le point de bascule est le service paie de ton employeur. Tant qu’il n’a rien changé, la France encaisse comme si tu n’étais jamais parti, et le Vietnam n’a jamais entendu parler de toi.
Le retraité installé
L’arbitrage se joue sur une distinction que beaucoup ignorent : celle entre pension publique et pension privée. Les deux ne suivent pas le même régime, et les confondre coûte de l’argent.
Ce guide ne dit pas lequel des deux pays impose laquelle : la réponse relève de la convention bilatérale, hors périmètre ici. Ce qu’il te dit, c’est quelle question poser, et de la poser avant de déménager plutôt qu’après deux exercices déclarés de travers.
Le dirigeant de société vietnamienne
Résidence vietnamienne établie, salaire local soumis au barème, plus une seconde source de revenus : les dividendes.
Sur les dividendes, notre fiche parle d’un impôt forfaitaire sans en donner le taux : cette page ne chiffre donc rien.
Le risque à surveiller est ailleurs, et il est structurel : à force de revenir travailler depuis l’Europe, on finit par y créer un rattachement qu’on n’avait pas prévu.
La double résidence non régularisée
Le profil d’urgence. Installé depuis plus d’un an, aucune déclaration nulle part, les critères remplis des deux côtés.
La phrase qui compte est la dernière : avant que l’un des deux États ne fixe la résidence à ton détriment. Tant que rien n’est déclaré, ce n’est pas toi qui choisis.
Sur l’ordre de grandeur d’un redressement, notre fiche avance un chiffre — et signale elle-même qu’il doit être rafraîchi avec les données réelles des cabinets. Il est donné ici comme un ordre de grandeur, pas comme une prévision.
Quant à la marche à suivre, elle commence toujours au même endroit.
06 Les erreurs qui coûtent le plus cher
Croire que vivre au Vietnam suffit. Ça ne suffit pas côté vietnamien — il faut remplir une des conditions du texte — et surtout ça ne suffit pas côté français, où un seul critère de l’article 4 B maintenu te garde résident.
Confondre titre de séjour et résidence fiscale. La carte de résidence temporaire est délivrée par l’immigration. La résidence fiscale se joue avec deux administrations fiscales. Aucune des deux ne se déduit de l’autre.
Laisser tourner le prélèvement français. C’est de loin l’erreur la plus coûteuse du télétravailleur, parce qu’elle est passive : il n’y a rien à faire pour qu’elle arrive.
Ne pas tenir le journal des jours. Voir plus haut : la preuve t’incombe.
Oublier le compte vietnamien. Un compte ouvert pour recevoir un salaire local, quand la France te considère encore résident, c’est 1 500 € par compte et par année.
Attendre. Les intérêts courent à 0,2 % par mois, et l’échelle des majorations monte avec la démonstration que tu savais. Le temps ne joue jamais pour toi sur ce dossier.
FAQ Questions fréquentes
À partir de combien de jours suis-je résident fiscal vietnamien ?
Le texte pose deux conditions alternatives : soit une présence de 183 jours ou plus sur une année civile ou sur toute période de 12 mois consécutifs comptée à partir de ta première journée au Vietnam, soit un lieu de résidence habituel au Vietnam — résidence permanente enregistrée ou logement loué sous contrat à durée déterminée. L’une suffit. Résident, tu es en principe imposable au Vietnam sur tes revenus mondiaux, même s’ils sont versés en France.
Le barème vietnamien monte-t-il vraiment à 35 % ?
Oui, mais seulement sur la part qui dépasse 100 millions de VND par mois (1 200 millions par an). Le barème compte cinq tranches : 5 %, 10 %, 20 %, 30 % et 35 %. Sous 10 millions de VND par mois, on est à 5 %. Le barème antérieur en comptait sept.
La réforme s’applique-t-elle depuis janvier ou depuis juillet 2026 ?
Les deux réponses circulent parce que le texte porte deux dates distinctes. La loi prend effet le 1er juillet 2026. Mais les dispositions antérieures relatives aux revenus d’activité, salaires et traitements des résidents cessent de produire effet à compter de la période fiscale 2026. Pour un salarié résident, c’est donc la période fiscale qui commande, pas la date du 1er juillet.
Ma carte de résidence temporaire me fait-elle sortir de la résidence fiscale française ?
Non. Ce sont deux notions indépendantes, à documenter séparément. Tant qu’un des critères de l’article 4 B du CGI s’applique — foyer, activité principale, centre des intérêts économiques —, la France peut te considérer comme résident, quelle que soit ta situation administrative au Vietnam.
Est-ce que je continue de payer la CSG et la CRDS ?
Sur les revenus du capital de source française — dividendes, plus-values, loyers —, notre fiche donne 17,2 % au minimum (CSG 9,2 %, CRDS 0,5 %, prélèvement de solidarité 7,5 %), maintenus pour les non-résidents dans la majorité des cas. Sur les revenus d’activité d’un résident fiscal vietnamien en contrat local, elle indique qu’elles ne sont pas dues. Le sort de ces contributions au regard de la convention bilatérale sort du périmètre de cette page.
Je n’ai rien déclaré depuis deux ans, je fais quoi ?
Au-delà de deux ans, notre fiche parle d’audit fiscal urgent. La première étape est toujours la même : établir un diagnostic de résidence sur les années concernées. Côté français, les intérêts de retard courent à 0,2 % par mois et les majorations vont de 10 % (retard) à 40 % (manquement délibéré) et 80 % (manœuvres frauduleuses). Plus la démarche est spontanée, mieux elle se plaide.
Ce guide suffit-il pour arbitrer ma situation ?
Non, et il ne prétend pas le faire. Il couvre les règles internes de chaque pays : le test vietnamien, le barème, les réductions, les critères français, ce que la France prélève et exige. Il ne couvre pas la convention bilatérale, qui est justement l’outil d’arbitrage quand les deux pays te revendiquent. Cette page sert à arriver préparé chez un fiscaliste, pas à s’en passer.
Sources
- Loi 109/2025/QH15 — impôt sur le revenu des personnes physiques (LuatVietnam)
- CGI article 4 B — critères de résidence fiscale française (Légifrance)
- DGFiP — CSG/CRDS sur les revenus des non-résidents
- Service-Public.fr — résidence fiscale et démarches des non-résidents
- impots.gouv.fr — fiche pays Vietnam
- KPMG Vietnam — Personal Tax Card 2026
- PwC Vietnam — Personal Income Tax Guide 2026
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